L’art de l’idiotie, l’idiotie de l’art :

L’art de l’idiotie, l’idiotie de l’art :

Cette semaine quelques étudiant.e.s de l’ENSAD Nancy ont participé à un workshop autour de l’idiotie et comment en faire de l’art. Ainsi, hier, jeudi 24 novembre 2017 la vingtaine de jeunes gens ayant pris part à cet atelier ont proposé une performance dans l’enceinte de leur établissement.

Qu’est-ce que l’idiotie ?

Cela pose une question, a priori, simple : qu’est-ce que l’idiotie, qu’est-ce qu’un.e idiot.e ? À travers de nombreuses discussions, les étudiant.e.s sont arrivé à s’accorder autour d’une notion de l’idiotie. Plus précisément autour de l’action de « faire l’idiot.e ». Cela serait accepter de friser l’absurdité pour gêner, choquer et faire rire. Cette définition partielle m’intéresse. Je vais tenter de la compléter, car c’est un sujet de débat fréquent et important avec mon entourage. Partons de la définition du Larousse.

L’idiotie, nom féminin : Manque d’intelligence, de bon sens, défaut de compréhension de quelqu’un. Action, parole qui dénote un esprit obtus ou un manque de réflexion ; œuvre d’un niveau intellectuel très bas.

Nous sommes ici dans une définition totalement opposée à celle proposée par cette performance, dont je vous parlerai plus loin. En effet, les étudiant.e.s propose de voir une sorte d’intelligence dans l’idiotie. Alors que j’aurais plutôt tendance à y voir, comme la définition du Larrouse, un manque de réflexion. J’entends dans ma définition personnelle qu’un.e idiot.e présenterait une incapacité de se remettre en question, c’est-à-dire, une incapacité d’accepter et de développer une réflexion autour de ces actions et de sa manière de penser. On pourrait dire que cela est le fardeau d’une personne obtuse. Cependant, cela dénote largement d’un « manque d’intelligence » pour moi. Un.e idiot.e est condamné.e à vivre à travers un unique prisme de pensé, à ne jamais sortir de sa zone de confort ou de ces cadres de références. Plus simplement, un.e idiot.e, selon moi, accepte les informations à travers son seul point de vue et par conséquent les retransmet sans analyse. Mais alors que ma définition est bien éloignée de celle réfléchie par ces artistes en devenir, pourquoi écrire dessus ?

La performance

Cette performance parlait, en perspective de ma définition, de « faire l’idiot.e ». Ainsi énoncées, nos deux définitions se rejoignent aisément. Face à un.e véritable idiot.e, il n’est pas rare de se sentir gêner pour cette personne. « Faire l’idiot.e » est donc accepter de friser l’absurdité pour gêner. C’est une recherche consciente de l’absurdité qui marque sûrement une forme d’intelligence. À partir du moment où nous parlons du « faire », il était évident qu’en tant que spectateur nous regardions « faire quelque chose ». Ainsi nous avons assisté à une séance quasi militaire de nettoyage. Chaque agent d’entretien écoutait et attendait les ordres du chef de plus en plus absurdes. Les balayeurs n’avaient de cesse de balayer entre les spectateurs, puis de passer avec une serpillière sèche. Un moment fort de sens : le chef ordonne de déplacer l’escabeau vers le mur, tout en grimpant à son sommet pour s’y tenir, fier, en attendant le déplacement qui a eu évidemment lieu. Immergé dans un chassé-croisé de prétendue propreté, on nous guide vers un mur noir entièrement recouvert de dessin à la craie. C’est une fresque que je n’ai pas eu le temps d’observer, car très rapidement nos agents ont commencé à la faire disparaître. Quel sens y a-t-il ici ? Un sens très immédiat montre une résistance face à leur institution qui n’accepte pas la « dégradation ». Cette performance dégrade et répare salement sous l’égide de l’art. Ils sont intouchables et l’administration contemple comme tous les autres spectateurs ses interdits dépassés et exposés. Mais cela avance également un côté très humoristique face à l’art et l’usage qu’on peut faire de l’art : la manière de regarder l’art. Il est coutume et même logique de regarder quelque chose. Ici, on regarde l’effacement progressif de ce quelque chose. On regarde la destruction de ce qui ressemblait le plus à de l’art, puis on comprend que cette destruction est une réparation. Le public est perdu. C’est gagné. Cette performance a fait l’idiote avec intelligence et n’a laissé derrière elle que les traces de la résistance.

“L’idiotie est l’essence des hommes.”

Bill Watterson, Calvin et Hobbes